Je peins d'anciens tableaux.


   Cette formule résumerait la démarche anachronique qui me guide. Anciennes par des sujets surannés, par des techniques archaïques et par les traces caractéristiques du passage du temps, mes peintures désuètes seraient pourtant engendrées par une vision contemporaine.


    Née dans l'Antiquité, redécouverte à la Renaissance, prolongée avec le classicisme, perpétuée sous le néo-classicisme, obstinée au XX° siècle dans l'Italie du Novecento, survivante dans le contexte récent de l'art avec la Pittura Colta et la Transavanguardia, la tradition classique traverse l'histoire de l'art avec sa cohorte de codes et de lois. Ces dernières apparaissent particulièrement pertinentes de nos jours. E. Lucie-Smith résume cette situation régressive : "Le retour à la tradition classique, généralement considérée comme académique par essence, est l'attitude la plus provocante qu'un artiste puisse avoir à l'encontre des dogmes de l'art contemporain."

  Les sujets figuratifs de mes travaux, ces légendes provenant d'une antique mythologie, sont hérités d'usages qui se sont perpétués pendant des siècles, bien que coupés de leur contexte originel. Ce conservatisme thématique va de paire avec une attitude qui caractérise le peintre classique : le respect des prédécesseurs. La coutume exigeait de l'élève qu'il se forme en copiant les oeuvres des maîtres du passé. Mes jeunes peintures font écho à cette directive académique. Raphaël, Poussin, David, Ingres... sont en effet, évoqués et invoqués dans mon travail par-delà l'interprétation que je fais humblement de leurs oeuvres. Ces créations légendaires que les siècles ont décidées d'épargner des limbes de l'oubli, forment ainsi le socle d'une pratique nostalgique et dépassée qui tente d'interroger le rôle du Temps dans la peinture.

   Se maintenant à distance de la copie servile, la citation se doit néanmoins d'être précise pour être efficace. Le respect du dessin dont la tradition classique affirme la primauté, l'utilisation d'une gamme réduite de couleurs terreuses, à la manière des peintres antiques, sont quelques unes des méthodes archaïsantes qui guident ma démarche. Il me faut ainsi redécouvrir une pratique artisanale, négligée par l'art contemporain, suivre en somme la sentence de A. Derain qui affirmait que : "On ne peint aujourd'hui que pour retrouver les secrets perdus". Ces techniques ancestrales contiennent en elles-mêmes une relation étroite à la durée. L'expérience nécessaire à un dessin précis, la réalisation d'études préalables, la fonte patiente d'un modelé, le délai entre les superpositions de glacis sont autant de lenteurs opiniâtres dans une pratique picturale pour laquelle on peint comme l'on pratique une langue morte.

    La peinture figurative, supplantée par des technologies plus récentes, est devenue un moyen de représentation obsolète. De nos jours elle n'existe plus qu'à l'état de vestige. Mes tableaux vieillis tentent d'être le miroir de cette disgrâce moderne. J'interprète les oeuvres du passé afin qu'elles reflètent le passage du temps à la manière des sculptures antiques dont les mutilations présentent, d'après A. Malraux un style spécifique. La patine du temps constitue une perte par rapport à l'état initial d'une oeuvre achevée mais accuse le témoignage d'une durée. Le visage de la peinture arbore aujourd'hui rides et cicatrices ; mes surfaces picturales sont donc encrassées et griffées, mes vernis jaunis et craquelés. Les travaux que j'expose arborent des traces d'accidents et d'usure, en somme du vécu d'un objet.


  Une oeuvre d'art s'inscrit dans une époque enchâssée entre ses origines et ses prolongements. Les étapes de réflexion, de réalisation et de conservation constituent son existence. En somme, le Temps la fait naître, exister, se reproduire, vieillir puis disparaître. Peut-être est-il artiste au même titre que le peintre?


  Fecit.


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